jeudi, 19 juin 2008

Tranches de scènes

B. était le tout premier à entrer en scène. Mais, par excès de concentration sans doute, il leva paresseusement le pied gauche et rata la marche. Tandis que les premières notes de musique retentissaient dans la salle et réduisaient le public au silence, B. s'étala de tout son long sur le petit escalier qui menait des coulisses à la petite scène. Heureusement, un paravent le cachait encore des spectateurs, qui entendirent simplement un coup dur. Et quelques éclats de rire étouffés. Probablement le signal du début du spectacle, durent-ils se dire alors.mimes.jpg

Le spectacle battait son plein. S. et moi étions sans arrêt en train de courir. Nous avions de multiples changements de costumes. En l'occurrence, nous devions passer au noir et blanc, pour l'un de nos mimes. Tandis que j'enfilai mon pantalon et ajustai mes bretelles, je l'entendis murmurer en râlant. "Aide-moi, au secours". Je me retournai et la vis, les bras en l'air, coincée dans sa robe serrée comme un Dany Boon qui enfile un K-way. Il ne manquait plus que le frottis de la bouche sur le plastique et les premiers signes d'étouffement. Je souris et appelai l'une des comédiennes à la rescousse. C'était déjà notre tour.

Ah, les trous de mémoire. La hantise des comédiens. Et pourtant, ce fut si drôle lorsque D. me regarda. Nous étions dans la minute la plus grave de la scène et elle me jeta l'un de ces appels à l'aide. Déjà, autour de moi, j'entendais sa réplique, venant des coulisses, des bords de scène, de la scène ensuite. Mais c'est moi qu'elle regarda, n'entendant rien et me suppliant de la sortir de cette mauvaise passe. Surpris qu'elle n'entende rien de tous ces souffleurs improvisés, je finis par lui dire sa phrase à haute voix, articulant à peine. Elle me fit répéter la sentence, ajoutant ainsi à la drôlerie de notre petit jeu. Le public ne s'y trompa d'ailleurs pas, laissant fuser quelques rires. "Juste une question, Mike". Nous pûmes reprendre notre tragédie là où nous l'avions laissée.

 

lundi, 16 juin 2008

Transphotographiques

photo.jpgLes regards de Brad Kroenig se reflètent dans ses yeux d'en face. Les murs sont revêtus de ses demi-nus. Ses vêtements en noir et blanc déshabillent ses poses, ses sourires parfois. Parfois flous, sincères pour la plupart, les clichés de Karl Lagerfeld forment un one man shown comme une déclaration d'atours. Libéré sous contrôle de l'objectif, le modèle masculin aime la sensibilité qu'il projette dans l'oeil du couturier. Un narcissisme satisfait pour un ténébreux mystère photographique.

vlckova-region.jpgA l'étage, l'artiste tchèque Tereza Vlekovà m'étonne par ses séries Two et A perfect day, des couleurs mornées, affadies pour des paires de jumelles dans lesquelles je ne vois que de l'angoisse. Des caractères par deux, jamais semblables et si expressifs dans leur silence. De petites filles les pieds dans les feuilles, les yeux fixes et les idées qui défilent dans l'immobilité de la photo. A côté, des jeunes filles qui sautent plus haut que la nature, qui veulent toucher l'au-delà, chercher peut-être, interroger en regardant vers le haut en tout cas.

Je passe vite devant les associations loufoques de Sabine Pigalle, Love is in the hair, des chiens qui ressemblent à leur maître, puis de superbes photos de Jean Loup Sieff, incontournables et indispensables, et m'arrête devant l'oeuvre de Julien Claessens, intelligente, surprenante, sur notre mode de vie urbain, notre négligence et notre désespoir du vide.

Eugenio.jpg Enfin, Recuenco m'éblouit par sa culture, sa minutie et son originalité. Ses références à la peinture, de Goya à El Greco, ses couleurs et sa grandeur me donnent envie de voir ses photos, encore et encore.


Ce que la photographie reproduit à l'infini n'a lieu qu'une fois.

- Roland Barthès.



[Transphotographiques, Mode & Photographie, Jusqu'au 29 juin]

 

dimanche, 08 juin 2008

Dérive

drifting.jpgIl devait arriver, le calme orage

Qui fait dévier les vents vers les seuls rocs à l'horizon.

Le bateau échoue sur une plage douce, il deviendra le musée

Des traversées où nous avons souffert de trop tirer sur les cordes.

L'autre rive est toujours loin du bord. 

 

Le capitaine met le pied à terre et se présente aux démons indigènes qui savent qu'il a tué.

Mais ils gardent le silence, puis le lui donnent. 

L'arme n'est plus visible. 

 

lundi, 26 mai 2008

Chez le dentiste

Aujourd'hui, mon mec vient de m'annoncer qu'il voulait me quitter car il était devenu gay... C'est le troisième qui me fait le coup.
[vie de merde]


- c'est pas gentil ça !

- ben j'espère qu'elle se pose des questions sur elle-même...sauf si elle s'appelle robert bien sûr
- elle est peut-être lesbienne ?
- ah ben si ça se trouve...la pauvre
- l'autre solution, ce serait de s'inscrire à l'Eurovision...
- déjà que c'est une lesbienne serbe qui avait gagné l'année dernière
- ah tu vois, c pas con ce que je dis ! A quand un transsexuel arménien?
- ben on a eu un transsexuel israélien déjà qui a gagné il y a quelques années...Dana International
- ah oui
- voilà, on a fait le tour
- est-ce qu'un chien a déjà gagné ?
- ben cette année l'irlande présentait une dinde...mais elle a été virée en demi-finale
- le jury n'était pas tombé raide dinde ?
- non ils ont préféré la turkey

(pause rires)

- bon ben on va peut-être travailler maintenant...
- c'est aussi ce que devrait faire Sébastien Tellier

 

Tiens, tu veux un cure-dents ?

dimanche, 25 mai 2008

Ca colle aux dents

- Et la capitale de l'Islande, c'est....?
- Ben...Oslo....?

Le choix des commentateurs de l'Eurovision devrait faire l'objet d'un vote du public. Jean-Paul Gaultier, 2 points, Julien Lepers, 3 points. Un Concours de l'Eurovision, ça ne se commente pas à la légère. Le sujet se prépare, les chansons se digèrent, les informations se cherchent et les commentateurs se donnent.

Ou le téléspectacteur se barre.

R. et moi avons décidé de passer une soirée romantique. Un camembert aux myrtilles de son crû (mais cuit) et une soirée Eurovision. Bref, du fromage à pâte molle dans l'assiette et sur l'écran. Mais ce petit goût salé-sucré, cet arrière-goût acidulé sur une croûte panée (ou déjà morte), ça vous fait retomber dans une doucereuse régression. Ne penser à rien, juste savourer.

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Notre petit stylo au bout des doigts, nous notons consciencieusement les différents pays. L'avenir de la chanson européenne, le sort fait au kitsch, le pardon pour nos commentaires de pétasses. Deux vrais commentateurs de l'Eurovision.

- T'as mis combien pour Israël?
- 9, il est craquant.

Nous avons croqué pour l'Islande, la Suède, le Danemark et l'Arménie. On était en plein dedans, la choré, le refrain que-ça-s'en-va-et-ça-revient, le sourire ultra-braït et si possible des corps d'athlètes. Bon. Y'en avait pour tous nos goûts.

Ils ont préféré la Russie, l'Ukraine et la Grèce.

On ne se comprendra jamais. Derrière ces here are the results of the Norwegian votes, ça sent le champagne, le jury bourré, la politique et les votes aux copains. Du bon voisinage quoi.

Finalement, l'Eurovision, c'est comme un pur camembert aux myrtilles. Ca pue. Mais c'est si bon

 

jeudi, 07 février 2008

D'autres

écrits

6c0ce204c0059566bbbd8eaf3084e73a.jpgaventures

intimités

envies

poésies

hésitations

mots

papiers

brouillons

inspirations 

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jeudi, 31 janvier 2008

Ils assurent pas!

Merde. On a lacéré deux pneus de ma Smart. Passé l'énervement du moment, après réflexion, je relativise. Je me dis que c'aurait pu être pire, nous aurions pu être agressés. Un pneu peu soulagé.

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Certes, c'est pénible, rechercher un garage disposé à intervenir rapidement, avec des pneus de Smart en stock, sans que je me déplace, un coca et un mars merci. Après ça, il suffira de porter plainte et de faire intervenir l'assurance. C'est long mais c'est structuré. Et au final, on effacera tout et on recommencera pas.

Oui mais non.

L'assurance ne rembourse pas les pneus lacérés. Du moins si c'est la seule marque de vandalisme faite au véhicule!

- Ben oui monsieur, vous comprenez, sinon on en serait tous à lacérer nos pneus pour les faire remplacer gratuitement...

Evidemment. Sauf qu'avec ce genre d'excuses, on ne rembourse plus rien. Je pensais que le dépôt de plainte était une preuve de bonne foi. De même que lorsqu'on me vole mon vélo, qui va prouver à l'assurance qu'il a bien disparu?

C'est ridicule. Je n'ai jamais fait appel à l'assurance pour quoi que ce soit. Je les paie une fortune. Et les astérisques de bas de page noircissent tous les espoirs que je fondais en ma compagnie*. Je n'en sortirai ni indemnisé ni indemne.

T'as lu les petits caractères de ta police** toi? 

 

* ma compagnie, ils ne la méritent plus, loin de moi l'idée d'un weekend en amoureux avec un chasseur de primes, vais même penser à m'exiler chez des courtiers plus courtisans.
**  je savais qu'ils étaient tous dans le coup.

jeudi, 24 janvier 2008

Toi et moi c'était

des ralentissements monstres, des embouteillages entre la nervosité et mon impatience de rejoindre tes bras, une A86 qui véhicule le temps perdu que je ne passe pas au fond de tes sourires

un poulet basquaise et du riz, du vin et d'infinies heures où Duras a peu tardé, à refaire le monde, se plaindre, et corriger nos dictées respectives, à imaginer notre livre à quatre mains et nos richesses futures

une longue matinée, jusque dans l'après-midi, contre ta peau et tout ton corps, à me serrer dans tes embrassades et à déposer des baisers inlassés sur tes cheveux

une petite balade le long de la Marne, pendant tes cours, de petits trajets en voiture pour se retrouver plus rapidement, la joie du gps et quelques petits coups de fil d'une petite après-midi

des azalées blanches à se faire rembourser, un peu de vin, et un repas mémorable à Paris, où Duras a peu tardé, où nous avons ri, exulté, puis haussé le ton, dans des débats intéressants ou inutiles qui laisseront des traces, que tu hiérarchiseras en toute convivialité, devant un dernier verre et quelques conclusions

la mauvaise surprise de deux pneus lacérés, à maudire de jeunes cons inconnus, puis le commissariat une première fois, une balade sportive, un ciné pas loin, une franche rigolade et deux pizzas plus grandes que nos activités du jour, du poulet, du fromage de chèvre et des poivrons

les ébats de Béatrice Dalle sous la température matinale, les corps et la folie, une soirée blottis sur le canapé où le jeans a déteint, les griffes du chat et sa jalousie de nos câlins

des coups de fil aux garages, à la recherche de pneus introuvables, l'amabilité du garagiste et la plainte au commissariat, un sandwich et la route devant moi vers nos prochaines retrouvailles

un dernier regard sur tes lèvres avant de ne pas me retourner 

 

- va falloir arrêter de passer d'aussi bons moments ensemble... 

 

mercredi, 16 janvier 2008

Le ravissement

Tu connais Marguerite Duras ?

Dans mon imaginaire, c'était un nom un peu pompeux, la figure d'une littérature élitiste et inabordable. Son aura m'intriguait depuis longtemps. Mais je retardais sans cesse le moment fatidique où j'allais oser me plonger dans l'un de ses livres. J'imaginais devoir faire des efforts surhumains pour y trouver mes marques. La peur de m'épuiser dans des écrits inaccessibles, inutilement complexes.

Et puis, il m'a fait découvrir Marguerite Duras.

- Je te conseille Le ravissement de Lol V. Stein, ça a été mon premier coup de coeur. (*)

Emballé, c'est acheté.


Depuis, le ravissement fait son effet. Certes, je ne partais pas très objectif. La passion, l'étude et les conseils éclairés de celui que j'aime, ça déblaie le sentier avant le signal du départ.

Mais si je n'avais pas aimé?

7b16d69c75fa6c236ea25457222d9f8a.jpgSon style est déroutant. C'est sans doute ce qui me plaît le plus. J'aime être surpris. J'ai horreur d'un texte où j'anticipe ce que l'auteur va me dire. Du moins dans la forme. Par envie ou par "erreur", Duras change les temps. Elle passe du passé au présent. Puis, elle change les personnes. Ce "je" mystérieux, le narrateur que l'on démasque bien plus tard, laisse parfois la parole au personnage qu'il décrit. Curieux. J'imagine l'écrivaine se libérant de ses contraintes pour coucher sur le papier, y laisser filer, tout ce qu'elle ressent.

C'est ce que je ressens, moi, en la lisant. C'est comme lire un cheminement mental, des expressions, des images proches de la folie, de la passion en tout cas. Comme si je comprenais. Comme si elle me parlait à moi. Ou à mon cheminement mental à moi. Et si j'étais fait pour lire du Duras?

J'aurais tant à dire sur le fond aussi. Ce ravissement, thème largement décliné du récit. La folie, la perception de la folie, puis l'instinct de protection, la description modeste et libre des personnages, le ressenti de leurs dialogues.

Mais je m'éloigne déjà, d'un ravissement à l'autre.

Le prochain sera pour L'amant

 

* souriant, il me précise : en fait, mon premier coup de coeur a été "Dix heures et demie du soir en été", "Le ravissement" est venu tout de suite après...

dimanche, 13 janvier 2008

Vivre à la suédoise

Mark Malkoff propose la solution idéale au problème récurrent des sans-abris.

A condition d'avoir, à proximité, un magasin-de-meubles-suédois (MDMS).

L'horreur, l'appartement envahi par les petits crr-crr, l'Américain désespéré de ne pouvoir se payer le luxe d'un autre appartement à Manhattan à cause de la crise du logement qui s'arrange pas avec les subprimes bordel, s'est creusé la tête pour trouver une autre idée de génie*. Alors qu'il allait rejoindre le mouvement de grève des scénaristes, le jeune comédien et réalisateur a décidé, vu que son appartement était décoré à 80% par les meubles du MDMS sus-cité, qu'il serait tout aussi pratique et logique d'y habiter directement. Si le magasin de meubles ne vient pas z-à toi, va(z) au magasin de meubles.

Ca tombe bien, y'en a un pas loin**.

 

« Miraculeusement, cette enseigne, qui vaut des centaines de millions de dollars, a accepté de m’héberger », déclare-t-il dans une interview accordée à la chaîne ABC. Du 7 au 12 janvier, le jeune homme a donc vécu au milieu des décors impeccables du magasin. Il a amené avec lui deux valises d’effets personnels, mais pas sa femme. Elle a préféré se loger chez des amis.

« Les clients peuvent venir me voir, mais ils doivent retirer leurs chaussures », prévient-il.

Manquerait plus qu'ils fassent comme chez eux.

 

Alors, énorme arnaque coup marketing américain ou pitié oeuvre caritative du pays des krispr*lls?

Ce débat sans intérêt est ouvert (du lundi au samedi jusqu'à 20h, nocturne le jeudi, une cafétéria est à votre disposition au rez-de-chaussée et une garderie à l'étage).

 

* c'est déjà lui qui avait eu cette idée géniale de tester les 171 Starbucks de Manhattan en une journée.
** y'a toujours un MDMS près de chez toi.

 

dimanche, 06 janvier 2008

La chaussette n'était pas morte

- Le mystère de la chaussette est résolu!

Il avait perdu sa chaussette un soir de la semaine dernière. Il l'avait enlevée, là, sur le canapé, puis négligemment jetée dans les bras du destin ou du hasard. Sans se douter du vide qu'il créait dans cette vie de chaussette. De ce que peut endurer une chaussette abandonnée, meurtrie par la peur.

De finir dépareillée.


Nous étions allés dormir. Puis le lendemain, il était reparti.
Sans sa chaussette.

- Dis-moi si tu la retrouves, elle ne peut pas être bien loin.

Mais la chaussette n'était pas sous le canapé. Ni derrière ni au-dessous. Elle avait mis le pied dehors, pris ses jambes à son cou, son petit baluchon sur les mailles du haut. Elle était partie sur la pointe des pieds.

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Dans le froid et l'inconnu, elle avait marché courageusement pour rejoindre le pied auquel elle avait voué sa courte vie. Le sien. Et retrouver l'autre chaussette. Elle la croisait souvent mais lui parlait peu. Elles ne s'entendaient pas, aimaient à se casser les pieds. Pourtant, la nuit, elles se retrouvaient là, étendues, à quelques centimètres l'une de l'autre.

- Tu pues! lui lançait-elle
- Tu crois que tu vaux mieux? rétorquait l'autre

Elle lui avait tendu un doigt de pied et souhaité un trou ou deux mal placés.

 

- Le mystère de la chaussette est résolu!

Depuis cet après-midi. Elle a retrouvé son maître. Le pied! Bon, elle a fini avec le linge sale. Qui sait où elle avait traîné encore! Et avec qui? De vieux petons mal léchés, le pied au plancher et deux pieds dans le même sabot. Elle est arrivée, trempée de pied en cap.

Mais elle est là maintenant.

- Je t'attendais de pied ferme, chère consoeur.
- C'est bien la première fois que tu fais le pied de grue pour moi! Que me vaut tant d'honneurs?
- J'ai failli finir suspendue à la cheminée, des bonbons plein la panse pour le prochain Noël.
- Ca t'aurait fait les pieds.

 

samedi, 05 janvier 2008

Star Poc

Dans l'équipe du Splendid, y'a que Jugnot qui s'est lancé dans le théâtre directement après le bac. Clavier et Lhermitte ont fait un peu de Sciences Po, ce qui a d'ailleurs valu à Christian de se faire faire ses devoirs par François Hollande! Moi, j'ai fait un Deug de littérature à Nanterre. Spontanément, même si ça rassurait aussi mes parents. On se dit, on sait jamais, si le théâtre marche pas, je pourrai toujours revenir et continuer le cursus. Ben oui, à l'époque, il y avait encore des filières "sûres". Aujourd'hui, si le môme dit "je veux faire la star ac'", c'est presque plus rassurant que celui qui veut faire bac +7...

[Michel Blanc, La première]

 

282236f12f1b66968ca51883fec293fe.jpgLa guerre des filières.

Sciences Po et Star Ac.

Observez l'étrange similitude entre les deux intitulés. Et l'incroyable similarité de leurs contenus : apprendre à remuer, à faire rire et pleurer. L'hypocrite quoi. Et finir guignol à la télé.

La seule différence, c'est qu'en politique, on devient célèbre.

Par contre, pour le fric, faut se servir soi-même.

Y'a qu'à voir Chichi, il a jamais été nominé et c'est seulement maintenant, une fois sorti du château, qu'il passe ses éval devant le jury.

- Et tu vas nous chanter quoi?

- Monsieur le ministre, un tube de Frédéric Gérard.

 

Je te raconte pas le prime

 

vendredi, 04 janvier 2008

D'une année l'autre

toi et moi, c'est...

une panne de sommeil, une poste fermée, plus de carte bancaire, un vieux billet de train, une frayeur, puis une arrivée dans l'impatience, des retrouvailles et des festivités plein les voeux

du champagne, une quincaillerie bruxelloise, une grande horloge et, au-dessous, une bataille de cotillons, un petit chapeau pointu et de la musique que pour nous, avant nos baisers sur la route du retour et du whisky coca

la savoureuse naïveté de se dire que ça fait deux ans déjà qu'on se découvre, de 2007 à 2008, et que nos deux mois ne sont que le symbole d'un amour grandissant

le plaisir de petits baisers furtifs dans la voiture, entre un coup d'oeil furtif dans le rétroviseur et un éclat de rire furtif à l'idée qu'on n'est peut-être pas passés inaperçus

les verres partagés à refaire le monde dans lequel on ne vit pas tout à fait, dans l'espoir d'y vivre un jour à notre façon, tous les deux et sans le monde autour, à part le chat dans le placard

l'envie de bazarder de vieux démons dans le vide-grenier de nos vies antérieures, puis de créer de jolis diables ensemble dans notre petit paradis baroque, noir et blanc, rouge, avec une touche de gris dans le bas

l'échange de nos découvertes, d'Almodovar à Duras, entre le canapé et la bibliothèque, et entre deux cigarettes, avec un petit mot doux au début d'un bouquin

une bonne table avec des tagliatelles carbonara, une armée de petits lardons, une rivière de crème fraîche et des épices à volonté, une bouteille de vin blanc et deux ventres affamés par des repas lointains


une distance si courte que tu n'es jamais loin de moi et de mes envies de te serrer dans mes bras...

 

 

dimanche, 30 décembre 2007

Trop libre

C'est long, sept années de délires suffocants, de vides incompréhensibles et de douleurs sans réponses, 79b1f1b1926a16ce11abf7f2c686500c.jpgc'est interminable ces miroirs fades sans personne en face et ces obscurs couloirs vers les chambres de mes errances stupides et égoïstes, c'est bientôt fini ces chemins de ta connaissance, ces directions ressenties et ces éloignements de tout? Tu ressembles à une ancienne lumière sur laquelle je souffle et qui ne s'éteint jamais, tu parais quand je m'y attends le plus et tu écoutes tout ce que je marmonne honteusement, inlassablement. Tu n'es jamais loin de ma vie, tu ne sais même plus à quoi je ressemble. Et je ne suis jamais loin de ta mort. Je casserai tout ce qui me fait rire pour rire de moi avec toi et je renoncerai à quoi pour te redonner la tienne, ta vie. Tu mérites un monument, comme je t'aime.

Gone baby gone

"Un dilemme, c'est une proposition philosophique dont l'énoncé fait jouir les belles consciences et l'application périr les démocraties."
[Jacques Faizant]

24af38c6921666fc3b3a7ad8c7d9ba07.jpgUne banlieue ouvrière de Boston, là où la foi bigote et l'héroïne cohabitent au petit déjeuner, où les dealers et les pédophiles tuent le passé de leurs enfants. La petite Amanda a disparu et le cirque des télévisions envahit la piste sablée d'un quartier infréquentable. Patrick (Casey Affleck) et Angie (Michelle Monaghan), détectives privés, en connaissent les recoins et les trafics. Mais entre les rebondissements d'une histoire presque anti-conventionnelle, ils vont s'atteler aux sombres coulisses, aux envers peu glorieux des cernes d'une mère grossière et désemparée.

- She's gone baby...gone... 

Présentée en avant-première du festival de Deauville 2007, cette première réalisation de Ben Affleck, bien qu'évidente d'authenticité, me laisse songeur. Une histoire tirée par les cheveux d'une petite poupée jetée à l'eau, un jeune enquêteur torse nu ou en tee-shirt face à des ripoux et des flingues, une diction de post-adolescent et aucune explosion ni poursuite en voiture. Je suis séduit par le jeu du petit frère, son visage d'ange méprisé et résistant, sa sincérité et ses questions de conscience crispée entre le bien et le mal.

- Si tu fais ça, je te haïrai. Et je ne veux pas te haïr.

Ce dilemme entre la nécessité ressentie de la maternité et le bien-être fantasmé d'une séparation interroge forcément. D'ailleurs, la sortie du film a dû être repoussée en Grande-Bretagne, par excès de similarités avec le drame de la petite Madie. Je suis fan de Casey. Tant qu'il reste à l'écart de l'héroïsme américain, qu'il garde sa complexité et les réponses imprévisibles à ses questionnements. Le cinéma vu d'ici, ça ressemble à un dilemme. Un vrai cas de conscience.


Ma note : 7,5/10.